Histoire

La Goulette

 

 

Commandant l’accès au lac de Tunis, La Goulette joue pendant des siècles un rôle militaire important. Occupée par les Turcs, elle est conquise en 1535 par l’armée de Charles Quint (qui compte 400 vaisseaux et 30 000 hommes) lors de la bataille de Tunis4. La forteresse de la Carraca, qui existe toujours, est édifiée par les Espagnols puis agrandie par les Turcs lorsque, en 1574, ils reprennent la ville5. La population goulettoise est, au départ, composée exclusivement de Turcs et de Maures. Mais la cité se développe à partir du milieu du xviiie siècle en tant que quartier, par extension, de la capitale à la suite de l’arrivée, d’abord modeste, d’immigrés provenant de Malte et de Sicile (en particulier des provinces de Palerme, Trapani et Agrigente) attirés par les perspectives de travail liées aux activités maritimes et portuaires.

À partir de 1868, année de la signature du traité tuniso-italien de La Goulette qui encourage l’immigration en Tunisie, l’arrivée des Italiens se fait de plus en plus massive jusqu’à assumer la portée d’authentiques vagues d’immigration qui changent la physionomie de la ville. En effet, durant ces années-là, les États-Unis sont encore un but trop difficile à rallier pour les Siciliens et autres Maltais à la recherche de la fortune.

C’est pourquoi le flux migratoire se rabat sur la Tunisie voisine. La très grande majorité de ces colons — qui sont journaliers, artisans, mineurs et pêcheurs — arrive à La Goulette dans une situation de substantielle misère. Toutefois, en seulement quelques décennies, les Italiens se relèvent de cette indigence et deviennent majoritaires au

sein la ville, donnant vie au quartier de La Petite Sicile, à ne pas confondre avec le quartier homonyme de Tunis. Entretemps est fondée une chambre de commerce en 1884, la Banca Siciliana, le quotidien L’Unione et d’autres

organismes culturels et d’assistance dédiés aux Italiens : théâtres, cinémas, écoles et hôpitaux.

Les nouveaux venus vivent ainsi pacifiquement aux côtés de la population autochtone. Par ailleurs, les deux communautés se mélangent en partie par l’intermédiaire de mariages mixtes.

Dans ce contexte de cosmopolitisme animé, les interactions culturelles sont fréquentes, tant au niveau vestimentaire ou traditionnel que dans la solennité religieuse. Ce métissage est d’ailleurs immortalisé dans le film Un été à La Goulette de Férid Boughedir.

Année Tunisiens musulmans Tunisiens israélites Français Italiens Maltais Total
1921 778 1 540 772 2 449 381 5 997
1926 1 998 2 074 1 264 2 921 299 8 653
1931 2 274 843 2 233 3 476 332 9 260
1936 2 343 1 668 2 713 3 801 265 10 862
Source : wikipedia

 

Église Sainte-Thérèse-de-l’Enfant-Jésus d’El Aouina :

Jusqu’à la construction de l’église, c’est le prêtre de La Soukra qui assure les offices dans des locaux provisoires où les sermons se font en italien, seule langue pratiquée par les fidèles. Le catéchisme ne rassemble que 24 enfants, tous illettrés.

La création de l’aérodrome de Tunis où s’installe l’Armée de l’air française est à l’origine de la décision de construire une église et un presbytère au croisement des routes reliant l’Ariana à La Marsa et l’Ariana à El Aouina1.

C’est l’architecte Claude Chandioux qui dessine les plans de l’édifice, comme il l’avait déjà fait pour les églises de Tunis-Bellevue en 1926, Saïda en 1928 et Saint-Germain en 1929. Bien que l’architecture des deux églises de Tunis-Bellevue et Saint-Germain s’inspire de l’Art déco, l’église d’El Aouina est conçue dans le style néo-roman comme celle de Saïda2.

La nouvelle église, dédiée à sainte Thérèse de l’Enfant Jésus, est inaugurée le 18 décembre 1932. Si son premier desservant est l’abbé Deschanet, sa vocation de lieu de culte à destination du personnel de l’armée de l’air explique que ce soient des aumôniers militaires qui aient été chargés des offices3.

Sa localisation proche de l’aéroport est à l’origine des importants dégâts subis par les bombardements des avions anglais et américains pendant la campagne de Tunisie en 1943. L’église doit être reconstruite en 19444.

L’église est finalement fermée à l’occasion du modus vivendi signé entre le gouvernement tunisien et le Vatican le 10 juillet 1964. Le bâtiment est cédé gratuitement avec l’assurance qu’il ne sera utilisé qu’à des fins d’intérêt public compatibles avec son ancienne destination5. Il est alors reconverti en salle de sport.

 

LE PREMIER CHEMIN DE FER TUNISIEN LE T. G. M.A (1870-1898) (tunis-goulette-marsa-aouina)

En 1870, la Régence de Tunis n’avait pas plus de voies ferrées que de réseau routier. Mais, depuis une quinzaine

d’années, la question des chemins de fer était à l’ordre du jour. Elle devait aboutir à l’inauguration de la première ligne du pays, une ligne de 28 kilomètres qui unissait Tunis, la Goulette et la Marsa, le T.G.M. Mais l’affaire n’avait pas été sans intrigues ni difficultés financières. A bien des égards, les de cette ligne de banlieue apparaissaient comme le reflet de la lutte que se livraient alors les grandes puissances pour s’assurer une influence prépondérante dans le pays 1. Dès 1854, un industriel anglais, un certain Runnie, propose au premier ministre du bey Ahmed, Mustapha Khaznadar 2, d’établir un chemin de fer joignant Tunis à la Goulette et la Marsa. Il demandait 300.000 livres pour l’établissement de la ligne : le gouvernement verserait 100.000 livres dès la signature

https://www.persee.fr/docAsPDF/outre_0300-9513_1963_num_50_179_1374.pdf